C’est pour voir Ève, la belle Ève de Gislebertus, que je suis venu à Autun. Et aussi pour le tympan de la cathédrale et ses chapiteaux.

C’est de nuit que j’ai, pour la première fois, vu la cathédrale. Du dehors et de loin, elle ne présente rien d’exceptionnel, abstraction faite de son horloge, sur le flanc gauche, joliment colorée. On devine cependant, au dessus du porche gauche, un transept roman qui étonne.

Il faut aller au grand porche pour que se dévoile le spectacle : le grand tympan sculpté par Gislebertus, qui a longtemps été recouvert de plâtre pour insanité (ce qui lui a épargné d’être ravagé pendant la Révolution), a revu le jour au XIXeme siècle, et a été très récemment nettoyé.

Quand on s’approche, la scène montre son fourmillement de personnages, qui se voient mieux sous l’éclairage artificiel que dans la lumière du jour :

Au centre, le Christ en majesté dans sa mandorle, qui a retrouvé sa tête au lendemain de la Seconde guerre mondiale après l’avoir perdue pendant des siècles.

A gauche, Marie, des anges, les apôtres, des saints. A droite, des saints et des anges à nouveau mais surtout la balance pesant les âmes et des damnés. Un petit diable triche, s’accrochant à la balance pour entraîner une âme vers l’enfer ; c’est peine perdue : la balance pèse dans l’autre sens (notamment à cause d’un ange qui, lui aussi, triche ; à malin, malin et demi !).

Sur le linteau, des élus et des damnés. Les élus sont plus nombreux que les damnés mais le sort de ceux-ci n’est guère enviable. On voit une paire de mains diabolique qui s’empare de la tête effarée d’un pauvre homme.

On voit écrit, sous la mandorle, « Gislebertus hoc fecit« . C’est de là qu’on connaît le nom du sculpteur, le Maître d’Autun, qui travailla au début du XIIe siècle et dont on reconnaît également le style particulier dans les chapiteaux , ainsi – disent certains – que dans certaines sculptures de la basilique de Vézelay.

Ce porche principal a également des chapiteaux représentant diverses scènes. Le premier et le deuxième racontent David (avec sa fronde d’abord, portant la tête de Goliath ensuite) ; il y a un diable, un Abraham et un soldat en cottes de maille avec un singe.

David avec sa fronde

David portant la tête de Goliath

Renvoi d’Agar et d’Ismaël par Abraham

Le décor des colonnes est également très beau.

L’intérieur de la cathédrale est en réfection. La crpix suspendue dans le chœur est au dessus de l’emplacement où, aux temps anciens, était placée la chasse en forme d’église renfermant les reliques de Saint Lazare (dont la sépulture est dans la crypte de Saint-Victor, à Marseille). Les colonnes ont gardé quelque chose du style des colonnes romaines qu’on voit aux portes de la ville.

L’église possède un tableau d’Ingres, que je n’ai guère regardé, et les statues mortuaires de Pierre Jeannin et Anne Guéniot, qui évitèrent à la Bourgogne les massacres de la Saint-Barthélemy (« Il faut obéir lentement au souverain lorsqu’il commande en colère », déclara Pierre Jeannin).

Pierre Jeannin et Anne Guéniot

Et puis il y a les chapiteaux de Gislebertus.

Certains ont été refaits. Les originaux sont présentés, à hauteur d’oeil, dans la salle capitulaire. On peut la visiter. J’y ai été guidé par une dame très aimable, trésorière de la Société éduenne des lettres, sciences et arts. Un autre visiteur lui a demandé si j’étais son mari ; non, je ne l’étais pas.

L’éclairage de la salle capitulaire etait très mauvais. Ma guide m’a prêté une lampe torche qui permet de mieux voir les choses.

Offrande de l’église

Vices et vertus

Adoration des mages

 

Sommeil des mages

 

Fuite en Egypte

 

Pendaison de Judas

Mort de Caïn

Il y a, dans la cathédrale, bien d’autres chapiteaux, également très beaux mais très haut perchés, et qui sont, du coup, parfois difficiles à voir. Un livre de Denis Grivot, La sculpture du XIIe siècle de la cathédrale d’Autun, permet de mieux les connaître. Denis Grivot est le chanoine qui retrouva la tête du Christ du tympan et la lui rendit. On pourra le voir dans le film sur Ève dont je parle plus bas.

L’Arche de Noë (7)

Samson renversant le Temple (6)

Apparition du Christ à Madeleine (10)

 

Seconde tentation du Christ (12)

Conversion de Saint-Paul

Libération de Saint-Pierre

Les trois Hébreux dans la fournaise (14)

Annonciation à Sainte-Anne

Nativité (15)

Rêve de Nabuchondonosor

Saint-Vincent protégé par deux aigles

Chute de Simon le Magicien

Ascension de Simon le Magicien

L’enseignement de la musique (1)

Lavement des pieds (pas de Gislebertus)

Lapidation de Saint-Etienne (5)

Samson et le lion (pas de Gilsebertus)

 

Moïse et le veau d’or (3)

L’empereur Constantin

La faune et la sirène

Première tentation du Christ (la partie droite a été – mal – refaite)

Tous ne sont pas de la même qualité ; certains ont été refaits, en tout ou partie comme le dernier dont les personnages de droite sortent visiblement d’un autre temps.

Il y a encore des chapiteaux sur le porche gauche de la cathédrale, là où est désormais absent le linteau où étaient représentés Adam, disparu, et Ève. Un diable chevelu comme à Vézelay y attrape les jambes du mauvais riche de legende de Lazare.

Ève, la belle Ève, c’est au musée Rolin désormais qu’elle est, dans une salle regroupant d’autres belles sculptures, dont la tête du diable dont la griffe tient la branche du pommier dont Ève attrape un fruit

L’histoire d’Ève, retirée du landeau, utilisée comme pierre de construction puis retrouvée par hasard dans une maison d’Autun, est extraordinaire. Plusieurs reportages l’ont racontée, dont l’un, sur Arte, de Saskia Walter.

Ève est surtout magnifique avec sa pose ennuyée et sa façon de chuter dans la Chute l’air de ne toucher à rien. C’est cela, justement, qui me touche.

Dans le linteau d’origine, il y avait, à gauche d’Ève, un Adam, qui n’a pour le moment pas été retrouvé.
En 2016, la fondation Yuko Nii, à Brooklyn, a exposé un bas-relief en albâtre présenté comme une copie médiévale de la sculpture, qui inclut la représentation d’Adam.

Le musée, très riche, renferme d’autres belles choses : un calvaire étrangement réaliste, la belle Vierge d’Autun à l’enfant qui fait songerà celle de Nevers, et ce beau tableau de la nativité au cardinal Rolin où Marie est pleine de finesse.

Mais c’est pour Ève que j’étais venu.