Je devais rester quelques minutes à Nevers, le temps de changer de train ; une grève des agents de la SNCF m’a fait y rester quatre heures. J’ai pu ainsi m’y promener un peu, voir Bernadette et la cathédrale.

Bernadette Soubirous, la jeune Bernadette Soubirous qui, à plusieurs reprises, avait vu la Dame blanche à Lourdes, faisant de cette petite ville oubliée des Pyrénées un lieu majeur de pèlerinage, Bernadette Soubirous a fini sa vie à Nevers et c’est là que son corps repose, non en terre mais dans une chasse de verre, comme celui de Blanche neige.

Je l’avais oublié (si même je l’ai su) mais Bernadette Soubirous était très jeune quand elle rencontra, en 1858, cette jeune fille, cette presqu’enfant vêtue de blanc qui lui disait : « Que sòi era Immaculada Concepcion » : elle avait 14 ans. Et quand, oppressée par les pèlerins et les visiteurs qui la guettaient et la suivaient, elle quitta Lourdes pour devenir, à Nevers, soeur Marie-Bernard, elle avait 22 ans.

Elle est arrivée au couvent Saint-Gildard, maison-mère de l’école où elle avait, à Lourdes, suivi les cours pour indigents, avec sa valise, son parapluie, son porte-monnaie.

Elle y restera treize ans, jusqu’à sa mort, effectuant des travaux de couture et soignant, elle qui elle-même était si faible et maladive.

Au couvent, une reproduction de la grotte est construite, à laquelle est rapportée une pierre noire venant de la grotte de Massabielle où eurent lieu les apparitions. On y brûle aujourd’hui des bougies. J’en ai brûlé. Il y a tant de choses à demander !

Dans une chapelle est la chasse de verre où repose le corps de Bernadette, prétendument incorrompu. Sur une pancarte est indiqué qu’à chaque examen (le dernier date des années 1920), le corps de celle qui a été depuis canonisée s’est révélé imputrescible mais que sa peau est cependant noircie, ce pourquoi ce qu’on voit d’elle, mains et visage, est recouvert d’une couche de cire.

Je ne crois guère à ces choses. Je n’en ai pas besoin pour bien aimer cette jeune fille, qui avait l’air si gentille, dont l’histoire est si touchante et qui mourut si tôt.

Dans la cour, une statue la montre larmoyante, levant les yeux au ciel. Pourquoi est-ce cette image triste et désespérée que l’Eglise veut retenir d’elle ?

Beaucoup de pèlerins viennent ici. Ils peuvent y manger, y dormir, y prier, y assister à des conférences.

Ils peuvent aussi y acheter des bondieuseries. Oh ! Que la foi est faible !

Nevers fait l’effet d’une ville assoupie. Des rues et des places plutôt vides, plutôt grises, des monuments qui paraissent trop grands pour une vie qui semble s’être retirée. En face de la gare, un hotel moderne décati raconte cette histoire qui s’est comme arrêtée.

Dans le parc Roger Salengro, l’Ours blanc, de Michel Hennecart, qui fait penser à celui de Pompon.

Sur le palais des ducs de Nevers, nul Lagardère mais des bas-reliefs avec des anges et, plus curieusement, l’Olympe.

Et puis il y a la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte. Une grande église hétéroclite qui possède la particularité d’avoir deux choeurs, l’un roman et l’autre gothique.

C’est la partie romane, qu’il est difficile d’apprécier de l’extérieur car des travaux y sont réalisés, que je trouve la plus belle.

L’intérieur est vaste et la partie romane comporte une vieille crypte où est exposée une belle mise au tombeau.

Il y a d’autres belles sculptures, dans cette cathédrale, notamment une Pietà montrant une Marie aux traits de blonde Bourguignonne.

Le joyau de l’église est cependant, sur les parois en cul de four du choeur roman, un Christ en majesté peint à la fresque. Il date du XIIeme siècle.