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En marchant de Sens à Villeneuve-sur-Yonne

35 km en deux jours, de Sens à Joigny, ça n’est pas du tout un exploit. Au retour, il faudra un quart d’heure de train pour les franchir. Mais à tout, il faut un début, et c’est le mien dans la grande aventure de la marche.

La première étape, de 17 km, me conduit de Sens à Villeneuve-sur-Yonne.

Ce parcours est sur un des itinéraires de Compostelle, celui qui relie Paris à Vézelay et au Puy ; il est à une distance raisonnable de la capitale (1h30 suffit en train pour y aller et en revenir), il n’est pas trop ardu et se situe tout entier dans le département de l’Yonne, qui, en cette seconde moitié du mois d’octobre, n’était pas soumis au couvre-feu. Autant de raisons qui m’ont incité à faire ici mes premiers pas, armé de mes nouvelles chaussures et de mon nouveau sac.

Le point de départ est la cathédrale Saint-Etienne de Sens, première cathédrale gothique construite en France, contemporaine de la basilique de Saint-Denis et aînée de Notre-Dame de Paris.

Les statues des porches ont presque toutes été brisées à la Révolution ; demeure indemne, sur le trumeau du porche principal, Etienne, aux beaux traits et à la longue silhouette. La légende dit qu’il doit d’avoir gardé sa tête au bonnet phrygien dont un sans-culottes eut la bonne idée de le coiffer.

Je suis entré dans cette cathédrale dont je n’avais pu voir, lors de ma dernière visite à Sens, que l’extérieur.

C’est une grande cathédrale, très large.

A son transept, de beaux vitraux. Celui pris en photo représente l’arbre de Jessé.

Un des vitraux les plus célèbres raconte la vie de Thomas Beckett qui vint ici se refugier du roi d’Angleterre. On trouve également une statue de lui.

Beaucoup de sculptures sur les murs et les colonnes : un agneau pascal, des travailleurs de la vigne, des monstres.

Il y a aussi une Jeanne martiale, comme si peu je les aime, et, beaucoup plus belle, une délicate Madone.

Sortant de la cathédrale pour prendre enfin la route, on va vers l’Ouest, franchissant l’Yonne sur le pont d’Yonne et le pont au Diable et longeant la jolie église Saint-Maurice, qui veille sur le grand fleuve.

Arrivé sur l’autre rive, on prend, à la fourche, légèrement à la gauche rue Emile Zola puis après le rond-point on continue tout droit, rue Aristide Briand. On prend ensuite à gauche, rue Pierre Curie, puis on s’engage sur un sentier grimpant sur le dos de la colline.

Arrivé sur l’épaule du mont, la vallée de l’Yonne se découvre, colorée par l’Automne.

En se retournant, on voit Sens et les deux tours de sa cathédrale.

On longe des vignes et le chemin est bien balisé aux couleurs jaune et bleu de Compostelle.

On redescend vers Paron où il y a, près d’une petite église, un lavoir dont l’eau est très claire.

Puis on reprend un chemin qui remonte et redescend à travers champs, vers Gron.

Juste avant d’arriver à Gron, il faut ruser avec l’itinéraire qui est interrompu par la construction d’une route. On est alors content d’avoir des chaussures hautes et imperméables qui ne craignent pas trop de s’enfoncer dans la boue.

Entre Gron et Marsanguy, le chemin s’aplanit.

On traverse des champs, des bois, puis on suit une petite route bordée de tournesols échappés d’une culture.

A partir de Marsanguy, on suit le chemin des Pêcheurs, qui longe l’Yonne.

Dans le jardin d’une maison, un agneau et une brebis. Je crains qu’elle ne soit malade.

Le chemin est tranquille.

Quand on arrive en vue de Villeneuve-sur-Yonne, où je vais faire étape, on passe devant une retenue d’eau. Le débit est impressionnant. Cela me rappelle que les géographes et les hydrauliciens disent qu’en fait l’Yonne est un plus grand fleuve que la Seine et c’est donc celle-ci qui devrait etre considérée comme un affluent de l’Yonne.

A Villeneuve, il faut, pour terminer l’étape, aller jusqu’à l’église. Pour cela, traverser d’abord l’Yonne sur le joli Pont Saint-Nicolas.

Villeneuve, en cette fin d’après-midi, me montre un visage plus gai que le souvenir gris que j’avais gardé d’une lointaine visite. Elle vaut mieux que la réputation du docteur Petiot qui l’écrase.

Elle vaut mieux que cela mais ce n’est pas à cause de son église, Notre-Dame de l’Assomption, du moins pas à cause de sa façade, refaite à la Renaissance et que je trouve déprimante.

Je préfère l’intérieur, clair et aérien, à l’extérieur.

A nouveau, une Jeanne martiale. Mais aussi une mise au tombeau autour d’un vieux et beau Christ de bois.

Sorti de l’église, je la contourne et vais, place de la République, acheter quelques bricoles au sympathique marchand de tout (« Fruits, légumes, crèmerie, alimentation » dit l’enseigne mais c’est aussi droguerie et boissons) qui m’accueille au 8 avec de grands sourires. Puis, une ou deux portes à côté, j’entre dans le commissariat pour me faire tamponner, d’une belle Marianne de Villeneuve, ma crédenciale. Le policier le fait très gentiment.

Je repars ensuite et retraverse l’Yonne pour rejoindre le camping Le Saucil, qui a le grand mérite d’être encore ouvert en ce moment de l’année.

Je suis reçu par la patronne qui m’alloue une place agréable où je monte mon équipement.

Échaudé par les critiques sévères laissées par d’autres campeurs, je n’essaierai même pas les sanitaires.

Je me contenterai de manger rapidement, de faire trois pas au crépuscule puis d’aller dormir, épuisé.


Fin de la première étape.

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