110 km environ, plus dur et plus beau au début qu’à la fin, où l’on rejoint le Gâtinais. C’est la troisième étape (et le début du retour) de l’aller-retour Paris-Vézelay.

On commence par descendre de la colline (Oh ! la joie des descentes quand on reçoit une brise fraîche dans la chaleur du presque été et qu’on se tient debout sur les pédales comme une figure de proue !).

On descend, donc, puis l’on remonte, jetant un dernier regard à Vézelay, jusqu’à Asnières sous bois et ses poneys.

A Asnières, deux lavoirs : un modeste, à l’entrée du village faisant suite au pont de pierre ; et un monumental, contenant une pièce d’eau, plus loin dans le village.

On bifurque ensuite, suivant le ruisseau de Chamoux, le long duquel s’élève une grande ferme à grand pigeonnier, vers Châtel-Censoir, avec son église perchée, son monument au colonel Rozannof, et sa plaque à la mémoire d’Achille Tenaille de Vaulabelle, qui naquit ici et fut ministre en 1848.

A Châtel-Censoir s’ouvre une partie très agréable du trajet, car on rejoint alors le canal du Nivernais, qu’on va suivre pendant quelques kilomètres, avec des vaches se rafraîchissant dans l’eau, le spectacle des grands rochers du Saussoy qu’escaladent des alpinistes, et les cygnes sur l’eau.

On quitte le canal à Mailly-le-Château, ville sœur de cette Mailly-la-Ville ou l’on avait, la veille (mais dans l’autre sens) également quitté le canal.

On entre dans la ville, qui tire son nom du château qui la domine, par un vieux et joli pont qui traverse l’Yonne et sur lequel est construit une chapelle à Saint-Nicolas, patron des bateleurs.

Il faut ensuit grimper une très forte pente pour rejoindre le bourg du haut, qui abrite le château mais aussi la mairie et l’église Saint-Adrien, étrange avec sa forme de bric et de broc et ses personnages perchés sur la corniche et qui regardent, énigmatiques, le passant.

On traverse ensuite un plateau, où le vent dessine de belles vagues dans le blé, puis une forêt où est indiqué le lieu d’exécution de résistants par les Allemands, le 25 août 1944.

A Fouronnes, une petite église affublée d’un curieux clocher avec la statue d’un moine.

Arrivée à Courson-les-Carrières. Je m’arrête au Café de la Place de la Place du Château pour me rafraîchir à grands verres de diabolo-menthe et d’eau. J’avais commencé à demander un Vichy ; le patron m’a regardé d’un air sévère et m’a répondu qu’il n’y avait pas de ça chez lui : la guerre et les maquis ont laissé des traces ici…

Discussion sur notre équipement avec un couple de cyclistes venus eux aussi trouver un lieu de repos à l’heure la plus chaude de la journée.

Nouveau départ, vers Molesmes, qui n’est pas le village de l’abbaye mais sur la route duquel les fleurs des champs se font très belles et de couleurs variées.

Quelque part, mais je ne sais plus où, je croise des moutons qui broutent. Autour de nous, tout est silencieux. Je me rends compte alors que les moutons qui broutent font du bruit : on entend distinctement le son de l’arrachage de l’herbe par les dents. Mais pour entendre cela, il ne faut pas qu’un autre bruit le couvre.

Or, les moyens mécaniques de transport interdisent d’entendre cela, comme le chant des oiseaux ou le cricri des grillons. Ils nous coupent d’une partie importante de la beauté, des dimensions du monde (quelle pensée profonde, je sais…).

Quelque part, je ne sais plus très bien où (Molesmes, Jeuilly) une église portant la petite statue d’une femme portant voile. Puis, à Moulins sur Ouanne, une église avec une statue de Saint-Denis.

Je ne connaissais pas la ville natale de Pierre Larousse ; c’est Toucy, où je m’arrête, au Bistro de l’Hôtel de ville, face à la mairie, pour reprendre des diabolos menthe. La patronne, qui a l’air assez militante, m’explique que son sirop de menthe est sans colorant ; c’est pourquoi il est incolore.

A Dracy, une petite et vieille église dont le vestibule est plein de jolies choses.

On continue la vallée de l’Ouanne qu’on quitte pour aller vers Malicorne. Avec le soleil qui baisse sur l’horizon, la lumière devient plus chaude et les plantes plus magnifiques encore.

On rejoint le cours de l’Ouanne à Château-Renard. Le nom me faisait rêver ; je suis déçu de ce que je vois (mais je ne vois pas tout). Dans le bleu profond du ciel, un silo dessine cependant une jolie forme géométrique.

Peu de temps avant d’arriver à Montargis, un Saint-Germain des Prés.

Puis Montargis qui, à cette heure tardive, n’est pas très riant.

En approchant du centre, je croise une voiture dont les occupants s’engueulent copieusement. On les entend de cent mètres à la ronde. Ambiance.