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Entre Domrémy et Vaucouleurs

Une promenade d’une cinquantaine de kilomètres de Domrémy à Vaucouleurs puis de Vaucouleurs à Domrémy, en descendant puis remontant la Meuse de part et d’autre de son cours.

Je me réveille tôt le matin, avant l’aube et assiste au lever du soleil derrière les arbres, les chardons et les Vosges.

À 7h30, la jeune fille qui m’a reçu hier au camping a accueilli le boulanger et a distribué à chacune des tentes ce qui lui avait été commandé. Elle m’a apporté un pain et un croissant que je déguste avec un café dans la lumiere pâle du matin.

Je sors visiter le village. La Meuse, ici, coule librement, sans être enserrée de quais construits, ce qui est toujours source d’étonnement pour l’urbain que je suis. Elle est bordée d’herbes hautes et de ces jolies fleurs dont j’ignore le nom qui s’illuminent sous le soleil.

Il y avait là, entre deux bras du fleuve, du temps de Jeanne, une île et un château. Les deux ont disparu. Il y a aujourd’hui un pont avec un monument aux morts prétentieux et une plaque rappelant la triste histoire, que j’ignorais, des treize soldats morts ici pour défendre Domrémy, Domrémy ville de Jeanne, le 18 juin 1940.

Face au pont, ce qu’on présente comme la maison où vécut Jeanne et ce « jardin de mon père » où elle dit avoir entendu les voix de Catherine et de Marguerite. Est-ce vraiment cette maison ? Certains ont de grands doutes. Elle fut a minima réhabilitée et enrichie après sa mort, avec les armes qui furent données à sa famille et cette statue étrange, mal fagottée, qui la représente en armure et agenouillée.

Tout à côté de la maison, de l’autre côté du jardin, l’église. On dit que c’est l’église que connut Jeanne, celle où elle fut baptisée et où elle faisait ses prières mais elle fut tellement refaite, modifiée, transformée au cours des siècles qu’elle n’a plus grand chose à voir avec celle du XVème siècle qui avait son porche là où est aujourd’hui le choeur, dont le clocher était bien plus haut comme le sont ceux de certaines églises alentours que je verrai dans la journée, qui n’avait pas ce début de tourelle kitch et qui était probablement plus petite. Tout cela, jusqu’aux pierres des murs, fait totalement inauthentique.

L’intérieur est simple. La statue de Jeanne qu’on y voit est très mièvre mais elle est, avec sa quenouille de bergère, plus paisible que celles qu’on rencontre d’ordinaire.

Ayant repris mon vélo (déchargé de ses lourdes sacoches !), je pars vers le Nord en passant par Greux, puis en traversant la Meuse pour me retrouver à Maxey, ce village avec les enfants duquel se battaient, raconte Joseph Delteil, les enfants de Greux et de Domrémy.

Là, je prends la route appelée chemin sous la chapelle qui va au Nord, puis vais voir, posant le vélo, la chapelle de Beauregard qui domine la vallée.

C’est une petite chapelle dont certains pans sont couverts de tuiles sur lesquelles des passants ont laissé leurs marques et notamment, parmi eux, des soldats en garnison pendant la Première guerre mondiale. Elle était fermée mais depuis le promontoire où elle est posée, la vue est belle.

Les terrains qui l’entourent sont protégés car ils présentent un profil hydrographique particulier qui fait que certaines espèces de fleurs y poussent, parmi lesquelles des orchidées (encore que la fleur que j’ai photographiée ne paraisse finalement être qu’une bugrane).

J’ai reprends la route vers le Nord. Sur la gauche, coule lentement la Meuse, parfois proche et parfois lointaine, qui parfois s’étend dans sa large vallée et qui parfois resserre son lit vers les côtes qu’elle a creusées.

A Brixey-aux-Chanoines, une croix érigée par un couple pour une raison expliquée mais que je ne déchiffre pas. Et plus loin, une jolie fontaine.

À Sauvigny, une très belle fontaine-lavoir érigée au XIXème dans le goût antique. Je remplis mes deux gourdes de cette eau fraîche et vive en regrettant que les fontaines alimentées en eau potable soient devenues si rares dans les villages que je traverse.

Après Pagny-la-blanche-Côte, dont le nom, qui paraît tiré d’une pièce de Claudel, renvoie à la crête rocheuse qui dessine un arc de cercle sur le flanc du village, Champougny, au nom moins héroïque, qui possède une très belle église fortifiée, Saint-Brice.

L’intérieur, comme celui de la plupart des églises de petits villages, est décati. La peinture s’écaille, l’installation électrique paraît antédiluvienne, la poussière tombe sur les statues de stuc. Et Jeanne, toujours Jeanne, avec son étendard et son air inspiré, le coeur sur la main comme une image d’Épinal.

Un peu plus loin, sur le chemin, à flanc de coteau, une belle croix s’élève dans le ciel bleu. Il y est tristement indiqué :

« Érigé par la famille Mourot à la mémoire de Onésime Mourot décédé le 2 janvier 1871 étant prisonnier de guerre à Wesel (Prusse)« .

Si j’en crois Geneanet, cet André-Onésime Mourot, né en 1848, s’était marié, le 18 juillet 1870, avec Marie-Adeline Geoffroy.

Le lendemain, la France déclarait la guerre à la Prusse.

NB : Il ressort d’une exploration plus poussée de Geneanet que Marie-Adeline Geoffroy ne fut pas forcément partie prenante de l’érection de ce monument car, le 27 novembre 1872, elle se remaria – et c’est certes très bien !

On passe ensuite Sepvigny puis, en continuant la route, apparaît sur la gauche, le cimetière et la chapelle du Vieux-Astre.

Cette chapelle était autrefois le choeur d’une église plus vaste dont le reste fut détruit.

Elle est au milieu du cimetière et ses murs gardent de belles sculptures.

L’intérieur de cette chapelle est célèbre pour les fresques qu’on y voit. Mais elle était fermée ; je n’ai pu les apercevoir que de loin. Comme je n’ai pu voir que de loin, au fond, le bas-relief recolorisé, comme on dit des films, représentant la Cène.

Autour de la chapelle, s’étend le cimetière. Des fouilles ont permis d’y retrouver des tombes du VIIIème siècle mais même les sépultures plus récentes sont poignantes, avec tout le malheur qu’elles charrient.

Au bout du chemin, Vaucouleurs, qui a un si beau nom.

Devant la mairie, une statue de Jeanne à l’intéressante histoire : conçue en 1946, elle a été rapatriée d’Alger où elle avait été érigée en 1955 avant d’être mutilée en 1962.

En face, utilisant une graphie vaguement gothique, un opticien ayant pris le nom de l’héroïne du pays.

Sur la butte qui domine le village, les pauvres restes du château de Robert de Baudricourt et une chapelle élevée sur la crypte du château dans laquelle reste Notre-Dame-des-Voûtes, une statue devant laquelle Jeanne aimait prier.

Les lieux étaient fermés et il ne restait à voir que les restes inachevés de l’immense basilique que, par compétition avec Domrémy et sa basilique du Bois-Chenu, Vaucouleurs avait un moment imaginé construire. C’est un peu désolant, cette course au gigantisme laid.

A côté, la Porte de France, reconstruite bien après l’épopée de Jeanne, et un grand tilleul, présenté comme celui-là même sui aurait miraculeusement refleuri et dont Jeanne aurait donné les feuilles à manger à son cheval, le 23 février 1429. Soit !

En redescendant, la grande église Saint-Laurent, aux voûtes peintes dans un style baroque, et dont les vitraux racontent la Première guerre mondiale. Et puis Jeanne, bien sûr, toujours Jeanne.

Dans le bourg, tout était fermé à cette heure méridienne, hormis un kebab. Derrière les vitrines, une Jeanne de pacotille se pavanait en statuettes parmi d’autres gadgets : pauvre Jeanne !

Reprenant le chemin de Domrémy, je passe, au bout du village, devant une autre Jeanne dans ce qui semble être la cour d’un lycée. En face, les bâtiments de la Fonderie de Vaucouleurs, avatar de celle qui fabriqua les rostres de la place de la Concorde.

A Neuville-les-Vaucouleurs, un monument rappelle que c’est ici que, pendant la Première guerre mondiale, fut installé l’hôpital des ânes et que 300 d’entre eux y étaient simultanément soignés – avant de repartir au feu. La stèle a été installée à la fin des années 1990 par Raymond Boissy, fondateur de l’Association Nationale des Amis des Anes (A.D.A.D.A.) ; la statue, de Denis Mellinger, érigée en 2016 grâce à l’aide de la Fondation du patrimoine.

On remonte peu à peu sur le plateau champenois et sa blancheur crayeuse, qui était ce jour là inondée de lumière.

Je suis allé voir la chapelle de Bermont ou Jeanne, dit-on, se rendait chaque semaine. Elle est à quelques kilomètres de Domrémy, sur une éminence dépassant des bois touffus.

La chapelle, privée, où l’on a découvert des fresques qui pourraient représenter Jeanne, était fermée. Je n’ai pu voir qu’une autre statue de Jeanne, pleine de fougue et gentiment érotisée, comme une Ursula Andress sortant des eaux devant James Bond.

Au retour, jai croisé des machines qui moissonnaient les champs : une énorme moissonneuse-batteuse accompagnée de camions qui faisaient la queue sur la route pour recueillir le blé moissonné et que jamais la machine ne doive s’arrêter. Le ballet était impressionnant.

Revenu à Domrémy, j’ai agréablement et sympathiquement dîné, le soir, dans le restaurant qui fait face à l’église, nommé (qui l’eut cru ?) : Au pays de Jeanne.

Puis, après m’être douché, je suis, comme Achille, rentré sous ma tente.

2 Commentaires

  1. […] et Domrémy, sur la Meuse, le pays de Jeanne : trois jours pour y aller ; un jour pour me balader entre Domrémy et Vaucouleurs, et un retour qui commença très bien malgré les côtes de Champagne à monter (et heureusement, […]

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