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En marchant de Flavignac à Chalais

De Flavignac à au-delà de Chalais : une longue étape de 35 km, durant laquelle j’ai peu suivi le chemin officiel, et qui fut agréable parce que rien ne me pressait et que l’arrivée, le soir, dans le très joli camping du Touroulet, fut délicieuse.

Lever assez tôt le matin car mon compagnon de chambre, Victor, a décidé de partir à la fraîche. Je quitte les lieux un peu plus tard que lui, passe à la mairie pour déposer les clés dans la boîte aux lettres et revient au centre du village pour acheter du pain et un croissant au boulanger : le Fournil de Flavignac, qui m’accueille avec chaleur.

La brume matinale cache le soleil, ce matin, ce qui n’est pas désagréable. Jusqu’au village des Cars, je suis la route.

Après Les Cars, je sors du chemin pour prendre la route qui grimpe vers le sommet des Cars. Je traverse le joli hameau de Saumur, prends un chemin, me trompe, vais jusqu’à la grande antenne, rebrousse chemin puis continue jusqu’à croiser les sources de la Dronne.

Je traverse ensuite un bois puis m’arrête un moment en face d’une petite maison. La propriétaire me voit, sort de chez elle et me demande gentiment si j’ai besoin de quelque chose ; je la remercie et lui réponds que non.

J’arrive à Bussière-Galant. Ce village n’a pas grand caractère et son église est en pleine réfection. Je m’arrête un moment sur la placette, observant qu’ici, les rues portent les noms de rois d’Angleterre qui étaient également ducs d’Aquitaine puis repars vers l’autre moitié du bourg, quelques kilomètres plus loin, où passe la voie de chemin de fer.

Après Bussiere-Galant, je poursuis tranquillement la route vers La Coquille, passant par Saint-Pierre de Frugie (à proximité de laquelle une très belle maison de bois se construit.).

Peu de temps avant d’arriver à La Coquille, on passe devant le monastère bouddhiste zen de Kanshoji, puis devant le couvent Sainte-Marie, austère, qui entoure une chapelle, Notre-Dame de la Dormition, devenue orthodoxe. Ces vieux murs délabrés sont sinistres.

On arrive enfin à La Coquille, qui tire son nom de la coquille des Jacquaires parce que c’est là, dit-on, que les pèlerins sur le chemin recevaient la leur. C’est une petite ville grisâtre, dont l’église même est fade.

C’est dans ce bourg éteint que je fais la connaissance de John, un vieil homme en colère.

John est anglais. Il a repris ou a créé, il y a une quinzaine d’années, avec sa compagne Joanne, le Café de la Poste qui donne sur la place qui jouxte l’église. Joanne l’a quitté depuis mais lui est resté et a gardé le nom du café : John et Joanne.

Bien qu’il soit arrivé à La Coquille il y a une quinzaine d’années, John n’a pas appris le français et ne parle qu’anglais. Et surtout, il y a en lui une immense colère qui se manifeste à chaque instant dans sa voix, sa façon de parler, chacun de ses gestes. Quand je suis arrivé, il était en train de crier (plus que de parler) politique avec un autre Britannique, qu’il ne connaissait pas. Il a pris ma commande avec désinvolture, me portant une menthe à l’eau au lieu du diabolo menthe que j’avais demandé ; et tant que je fus là, les cris fusèrent, lui-même jouant de sa voix et de sa capacité à en rajouter toujours.

J’avais d’abord pensé, compatissant, que la colère de John avait surgi d’avoir été quitté par Joanne, qui était sans doute celle pour laquelle il était venu s’installer dans ce coin perdu du monde ; mais non : c’est sa colère constante et irrépressible qui, m’a-t-on dit, a chassé Joanne : est venu un moment où elle n’en a plus pu, de cette immense colère qui détruit tout autour d’elle, qui se nourrit d’elle-même et qui est sourde au monde et aux êtres qui l’entourent. Elle avait sans doute espéré pouvoir la calmer de son amour mais non. Quel désespoir ce fut sans doute pour elle. Et pour John aussi sans doute qui, depuis, ressasse cet échec et ce naufrage. Quelque chose de terrible et qui fait peur.

Et puis je suis reparti, prenant la route de Chalais qui longe la voie ferrée avant d’arriver au petit bourg construit autour de son église Saint-Agnan.

Je me suis un moment assis sur les marches de l’église puis suis reparti, suivant mon GPS qui m’indiquait un chemin charmant, vers ma villégiature, le camping Le Touroulet, niché près d’un étang, le long de la rivière du même nom.

J’avais, pendant la journée, échangé avec ses adorables patrons, Ruth et Peter, qui m’avaient averti qu’ils étaient partis à Périgueux pour la soirée, qu’ils rentreraient tard, mais que je pouvais m’installer où je voulais, utiliser la salle et prendre une douche.

Je me suis donc installé dans ce lieu calme ou j’étais seul, admirant les bibelots et les bonzaï.

Puis, ayant dîné d’un plat de lentilles, c’est bercé par le doux murmure du Touroulet que je m’endormis.

2 Commentaires

  1. beaucoup de rencontres sur ce chemin-là et celle de John est très particulière….
    peut-être a-t-elle perturbé tes doigts sur le clavier car « Je traverse le joli hameau de Saumur, prends un chemin, me trompe, vaus jusqu’à la grande antenne, rebrpusse chemin puis continue jusqu’à croiser les sources de la Dronne. » et « La propriétaire me voir, sort de chez elle et me demande gentiment »
    ancienne archère, j’ai été très ému par le petit ‘mémorial des roses et des flèches’….
    merci une fois encore pour cette belle promenade

    • Aldor

      Merci Maly,

      Je corrige !

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