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En marchant d’Argenton-sur-Creuse à Éguzon

Seizième étape sur le chemin de Compostelle depuis Sens, onzième depuis Vézelay, cinquième depuis le début de cet épisode de fin août : une belle promenade d’un peu moins de 30 kilomètres dans un très joli paysage.

J’ai été, comme je le souhaitais, réveillé par le coq. Pliage de tente sous la lune puis départ au petit matin.

A la sortie du camping, quelques moutons et un jeune agneau.

Je traverse Argenton, très tranquille à cette heure, comme la Creuse qui y coule calmement Je prends un café et un croissant sur la place de la République et fait quelques emplettes au supermarché

Quittant Argenton, je me perds un peu, dans le Pêchereau, avant de retrouver le chemin, qui emprunte le trajet de l’ancienne voie ferrée.

J’arrive au Menoux. Je sors un petit instant du chemin pour aller visiter l’église Notre-Dame, décorée dans les années 1970 par le peintre argentin Jorge Carrasco. L’extérieur est sans intérêt mais dedans, c’est une explosion de couleurs et de formes psychédéliques.

Jeanne, la-dedans, est décidément très kitsch. Je ne suis pas déçu.

On redescend ensuite vers la Creuse, qu’on longe un moment, très agréablement, jusqu‘au barrage de Roche bât l’aigue, qui porte bien son nom.

Il faut, à ce moment, remonter vers la route. C’est un sentier très etroit, très raide, dangereux même lorsque le sac qu’on porte sur le dos est, comme le mien, lourd. Sans mes bâtons, je n’y sans doute pas arrivé.

On marche ensuite à travers la campagne, dominant de loin la Creuse, jusqu’à Gargilesse, dont le beau clocher apparaît dans un creux du chemin.

A Gargilesse, mignon petit village très touristique, il y a le château propriété privée, les jolies maisons pouponnées comme des poupées, la maison des amours de George Sand.

Et puis il y a l’église Saint-Laurent-et-Notre-Dame, qui est l’église du château mais ouverte au public, qui est un bijou.

D’abord de l’extérieur, avec son clocher et son chevet, de belles proportions.

Et puis de l’intérieur, avec ses chapiteaux sculptés, ses fresques, sa crypte.

Dans les chapiteaux, il y a toute une série consacrée aux vieillards de l’Apocalypse.

Et puis d’autres scènes bibliques, dont une très belle nativité.

Il y a également des fresques. Dans le choeur, un Christ en majesté aux couleurs pâlies mais à l’air toujours grognon.

Dans la crypte, des fresques d’époques diverses, allant du XIIIème au XVème siècles.

Parmi ces fresques, un détaillé des tortures infernales (Oh ! cette obsession de l’Église pour la souffrance et la douleur !) Et un Christ à l’épée entre les dents :

Apocalypse de St Jean (1.16) :  » De sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants; et son visage était comme le soleil lorsqu’il brille dans sa force. »

Il y a également une vierge noire, objet de pèlerinage, et diverses statues.

Sortant de l’église, je me suis arrêté un moment sur un banc et ai grignoté avant de repartir.

Après Gargilesse, le chemin reprend traversant de grands champs de blés.

On arrive ensuite à un hameau (est-ce Le Cerisier ? Je ne me souviens plus) ou une fontaine publique permet de remplir sa gourde et de mouiller son chapeau, ce dont je profite abondamment.

Puis c’est Cuzion et la bien nommée descente de Cassecou vers la Creuse.

On longe ensuite un moment le fleuve par un sentier que personne ne semble avoir utilisé depuis des semaines, tant les ronces y ont poussé et les arbres y sont tombés. Je n’ai d’ailleurs aujourd’hui pas plus qu’hier croisé de pèlerin ou de randonneur au long cours ; seulement des promeneurs portant un léger sac : le chemin de Vézelay est décidément peu fréquenté, et c’est très bien ainsi.

La montée vers Éguzon est longue et pénible car il faut marcher sur la route qui serpente et grimpe. Puis une fois arrivé au bourg (où je fais tamponner ma crédentiale par l’aimable jeune femme qui tient l’office de tourisme), il faut encore se rendre au camping municipal du Lac, les Nugiras, à deux kilomètres de là. Et deux kilomètres, lorsque la fin de la journée approche, qu’on a sur le dos un sac pas tout à fait léger et que les pieds, depuis le matin, sont écrasés par la charge, ce nest pas rien.

J’y arrive néanmoins, dans ce très grand mais agréable camping ou je suis très aimablement accueilli par le responsable qui me propose très gentiment de mettre mon téléphone et ma batterie à recharger dans son bureau tandis que je monte ma tente pour n’avoir pas à les surveiller, ce que j’accepte volontiers.

Je dîne rapidement et vais me coucher, dans un grand silence reposant.

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